Le Sonneur à ventre jaune

Identification

Photo : Thierry Kinet

Le Sonneur à ventre jaune (Bombina variegata) est un petit amphibien puisque la longueur moyenne des exemplaires belges est de 44 mm pour les femelles et de 45 mm pour les mâles. Son dos est aplati et couvert de petites verrues. Il est de couleur grise ou brunâtre avec parfois des marbrures plus foncées. Le ventre est jaune vif ou tirant sur l’orangé, parsemé de taches irrégulières gris plomb ou presque noires ; habituellement, l’étendue des parties jaunes est supérieure à celle des taches sombres. La pupille de l’oeil est en forme de coeur. Vu de dos, son allure rappelle plutôt un petit crapaud.

Les oeufs sont déposés isolément ou par groupes de 2 à 30. Ils sont collés aux tiges des plantes aquatiques ou des débris de branches. Leur diamètre est de 7 ou 8 mm. Le têtard ne dépasse pas 45 mm. Le spiracle est médian et situé dans la partie postérieure du ventre. Le têtard présente un aspect trapu renforcé par le fait que la queue est relativement courte, mesurant au maximum 1,5 fois la longueur du corps. L’extrémité de la queue est arrondie.
Le chant est constitué d’appels brefs, une suite de « hou, hou, hou » graves et de faible intensité que l’on ne repère d’habitude pas au-delà de quelques dizaines de mètres.

Vu de dos, le Sonneur peut, au sol, être confondu avec un jeune crapaud commun mais, si on l’examine en main, la couleur vive de son ventre empêche toute confusion. Les terrariophiles détiennent de temps en temps deux autres espèces de sonneurs qui pourraient, suite à des lâchers, être rencontrées dans la nature. Le Sonneur à ventre de feu (Bombina bombina), qui vit dans l’est de l’Europe, a les parties colorées du ventre orange vif et plus réduites en surface que les taches sombres, ces dernières étant ponctuées de nombreux petits points blancs. Les pouces des quatre pattes sont noirâtres, tandis qu’ils sont jaunes chez le Sonneur à ventre jaune. Quelques autres détails permettent encore de distinguer ces deux espèces, susceptibles de s’hybrider. Le Sonneur oriental (Bombina orientalis), originaire d’Extrême-Orient, fait l’objet d’importations régulières dans notre pays ; il a le dos vert vif marbré de noir et le ventre porte des taches rouges.

Biologie

Le réveil des adultes a lieu dans nos régions à partir de la mi-avril, exceptionnellement fin mars. Les accouplements débutent dès les premières journées ensoleillées et chaudes. Certaines années, la reproduction ne débute que début juillet. Les femelles pondent jusqu’à trois fois chaque année de 80 à 100 oeufs, isolément ou par petits paquets. Les pontes étant échelonnées jusque début août, on peut dans le courant de l’été trouver au même endroit et en même temps des pontes fraîches, des têtards, des jeunes métamorphosés et des femelles gonflées d’oeufs, prêtes à pondre. Les oeufs éclosent en moins de 10 jours et les têtards se métamorphosent.

de 5 à 7 semaines plus tard. Les premiers jeunes apparaissent au début de juillet. Ce cycle larvaire court est nécessaire, car les sites de reproduction sélectionnés s’assèchent souvent rapidement. L’échelonnement des pontes
est aussi une adaptation qui permet au Sonneur de profiter des périodes humides. Les sonneurs deviennent adultes dans leur troisième année, rarement plus tôt ; certains individus ont atteint l’âge de 13-15 ans dans la nature et de 27 en terrarium.

Les adultes restent souvent sur les berges des points d’eau ou flottent à la surface de l’eau durant toute la période d’activité. Farouches et homochromes sur un fond boueux, ils ne sont habituellement repérés que quand ils plongent pour se cacher dans la vase. Avec un peu de patience, on les voit remonter à la surface un peu plus tard, la tête sortant de l’eau avec le museau arrondi, les yeux proéminents, la pupille en forme de coeur et les pattes étalées. Les mâles chantent jusqu’au début du mois d’août, de nuit comme de jour. On les entend surtout le matin et à partir de la fin d’après-midi, vers le coucher du soleil.

En été, ils quittent parfois les sites de reproduction pour rejoindre d’autres points d’eau plus riches en végétation, où ils estivent. Parfois aussi, ils se dispersent à terre dans les environs. Durant le mois de septembre, les adultes quittent les points d’eau pour rallier les sites terrestres d’hivernage, qui sont des anfractuosités proches. Les derniers jeunes les suivent un peu plus tard.

Les sonneurs peuvent profiter de la pluie pour explorer les environs. Les jeunes de deuxième année sont capables d’effectuer des déplacements parfois importants, de quelques centaines de mètres à un, voire deux kilomètres. Ceci leur permet de coloniser rapidement de nouveaux sites, adaptation indispensable vu la précarité de ceux qu’ils occupent. Les individus erratiques, surtout des femelles, circulent préférentiellement en longeant les petits ruisseaux. On les retrouve dans des points d’eau aux berges envahies de végétation ou normalement trop profonds pour cette espèce.

Ventre. Photo : Thierry Kinet

Régime alimentaire

Le régime alimentaire du Sonneur n’a pas fait l’objet d’études particulières dans nos régions. Comme d’autres anoures, c’est un opportuniste qui consomme toutes sortes d’invertébrés terrestres : coléoptères, fourmis, myriapodes et araignées,  mais qui capture aussi des gammares dans l’eau. Son agilité lui permet de sauter pour capturer des diptères et des papillons. Les larves consomment notamment des diatomées et des algues.

Habitat

Le Sonneur à ventre jaune est une espèce typique des paysages de collines au relief accentué. Son aire suit celle des forêts feuillues médio-européennes et méridionales. Il a pour habitat d’origine le fond des vallées inondables où on le trouvait dans les flaques boueuses, les trous d’eau créés par les souches d’arbres renversés ou encore les noues de ruisseaux aux berges dénudées. Profitant des activités humaines, il a progressivement colonisé les forêts claires des flancs de collines et des plateaux ainsi que leurs environs, en s’établissant principalement dans les ornières des chemins, les petites mares, les carrières abandonnées, les sources, les abreuvoirs et nombre de petits points d’eau stagnante. Par contre, la pression des activités humaines dans les fonds de vallées et leur aménagement l’ont fait peu à peu disparaître de son habitat d’origine. Au début du 20e siècle déjà, il n’habitait presque plus que des habitats secondaires, surtout les flaques et les ornières des chemins forestiers. Cela ne l’empêchait pas d’être localement bien représenté. Dans le Limbourg hollandais, il n’a été signalé que dans des sites d’origine anthropique. En Franche-Comté, seulement 20,5 % des 238 stations connues sont des zones calmes de ruisseaux ou des bords de rivières au débit irrégulier. De façon marginale, quelques trous d’eau issus de chablis en forêt y sont aussi occupés. Tous les autres sites correspondent à des petits points d’eau artificiels tels qu’ornières, fossés, petites mares, etc. Dans les pays voisins, c’est presque uniquement à proximité des lisières des forêts et moins souvent dans celles-ci que l’on trouve des sonneurs et qu’ils vivaient encore en Wallonie ces dernières décennies.

Cet amphibien recherche pour pondre de très petits points d’eau, souvent sur sol argileux ou marneux, bien exposés et dont certaines parties sont très peu profondes pour que l’eau se réchauffe facilement au soleil. Les berges doivent de préférence être complètement dénudées. La qualité de l’eau semble peu importante. On le trouve souvent dans des eaux boueuses. En milieu agricole, il fréquente des mares très sales, pour autant que la pollution due au lisier n’y soit pas trop importante. Une petite mare de prairie aux berges intensément piétinée par le bétail constitue même un site de reproduction optimal. Dans l’ancienne Tchécoslovaquie, 11,1 % des sites occupés sont des fossés  contaminés par du lisier ou d’autres sites pollués. Sa tolérance vis-à-vis des métaux lourds est manifeste puisqu’il était connu encore récemment dans des pelouses calaminaires en Allemagne, à proximité de la frontière belge. Les caractéristiques de ses sites de reproduction font qu’ils sont peu occupés par d’autres amphibiens ; il s’agit de milieux pionniers qui, le plus souvent, ne restent favorables que quelques années.

Les sonneurs requièrent également des sites d’estivage, où ils se tiennent lorsqu’ils ne se reproduisent pas ou quand ils doivent quitter les lieux de reproduction s’ils s’assèchent. Comme signalé plus haut, ce sont des points d’eau dont les berges sont envahies de végétation qui peuvent leur servir d’abris. En Wallonie, les dernières mentions de l’espèce dont nous ayons eu connaissance correspondent surtout à des sites d’estivage. Le Sonneur était établi dans le domaine boisé du Sart Tilman à Liège jusqu’en 1988 : il y était notamment observé dans un ancien trou de bombe et dans une piscine abandonnée. À La Gleize, il s’agissait d’ornières d’un chemin forestier en zone inondable le long de l’Amblève, qui a été empierré peu après. Un site des environs de Spa, dans le bassin de la Vesdre, où l’espèce a peut-être été observée en 1995, est une prairie, assez humide par endroits, d’environ 100 m², bordée d’arbres et limitée vers le bas par un ruisseau au cours lent et boueux ; de nombreux bois entourent la zone. Dans l’ouest de l’Entre-Sambre-et-Meuse (bassin de la Haute-Sambre), un individu fut trouvé à Barbençon en 1983 dans le sous-bois d’une aulnaie marécageuse de fond de vallée, qui a été lotie depuis.

Des observations possibles, mais non confirmées, au confluent des deux Ourthes en 1994 et 1999, proviennent d’une source abreuvoir très fréquentée et d’un fond de vallée marécageux avec une végétation herbacée dense et un peuplement forestier clair de feuillus variés. Ce dernier site recèle un chemin lacéré par quelques ornières, d’anciens drains partiellement colmatés et envahis de végétation et est parcouru par un ruisseau. Le chanteur qui y a peut-être été entendu était au bord d’un petit bras mort peu profond dont les berges sont boueuses. Vu l’habitat et le fait que les animaux n’ont pas été revus ultérieurement, les trois dernières données correspondraient à des individus erratiques ou sur des lieux d’estivation.

Répartition et protection

Toutes les stations connues dans les années 1980 et 1990 sont éteintes. Mais une opération de protection dont le récit vaut le détour a permis à la population d'être toujours présente en Wallonie !

Découvrez l'opération de protection qui a permis la survie de l'espèce en Wallonie.

 

Natagora, association de protection de la nature, se mobilise pour préserver la biodiversité des habitats naturels en Wallonie et à Bruxelles. Pour cela, nous avons besoin de votre soutien !

Avec le soutien de

Grenouilles sur les routes