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Tour d'horizon des menaces impactant l'herpétofaune

La perte, la dégradation et la fragmentation des habitats

Comme partout en Europe, le facteur principal de régression des populations d’amphibiens et de reptiles est la destruction et la dégradation des habitats. En effet, une perte nette d’habitats (aquatiques et terrestres) a accompagné la modernisation de notre territoire, ses aménagements urbains et l’intensification de son agriculture (remembrement agricole). Cette modernisation s’est entre autres manifestée par l’assèchement massif des zones humides, le comblement des mares, la destruction de haies, de talus ou de lisières étagées, l’agrandissement des parcelles agricoles (monocultures), la destruction ou le colmatage de vieux murs, l’étalement urbain (lotissements, zonings industriels, etc.), le réaménagement de nos voies ferrées ou encore la densification du réseau routier. Tout ceci a conduit à une banalisation de nos paysages et à la dégradation générale des biotopes aquatiques et terrestres. Il faut ajouter à cela que les changements de pratiques agricoles ont également impliqué l’abandon de milieux (semi-naturels) qui jusqu’alors étaient abondamment habités par notre herpétofaune. De nombreux plans d’eau ont ainsi évolué défavorablement (atterrissement, eutrophisation et/ou empoissonnement) pour la majorité des espèces d’amphibiens. L’absence d’entretien (par fauche manuelle ou pâturage extensif) de certains milieux (semi-)ouverts a en outre entraîné leur reboisement spontané. Cette fermeture naturelle des milieux a directement impacté les populations de reptiles et les espèces « pionnières » d’amphibiens. Ajoutons encore que les plantations massives de résineux, surtout sur d’anciens parcours agro-pastoraux (landes, prairies de fauche, etc.) ou dans les tourbières, ont profondément modifié le faciès écologique d’une partie de nos territoires, souvent au détriment de nos lézards et nos serpents.

La fragmentation du territoire constitue également une cause majeure du déclin des populations d’amphibiens et de reptiles. Qu’est-ce que la fragmentation ? Il s’agit d’un phénomène de morcellement des habitats qui empêche aux animaux de circuler librement, souvent au détriment de la survie de populations entières. Lorsque les habitats deviennent trop éloignés les uns des autres, ou lorsque des obstacles freinent le déplacement des individus, les populations se retrouvent isolées et fragilisées sur le plan génétique (risques de consanguinité, perte de diversité génétique, atténuation du potentiel adaptatif des espèces, etc.). À nouveau, l’artificialisation des territoires et l’intensification de l’agriculture constituent le nœud du problème.

La destruction directe des animaux

Les reptiles, et plus spécifiquement les serpents et les orvets, sont encore victimes de leurs mauvaises réputations. Par crainte d’une morsure et partant de l’idée que tout ce qui rampe est agressif, certains continuent de tuer volontairement ces animaux, ignorant la loi (qui interdit formellement ce geste) et le degré de menaces qui pèse sur nos espèces indigènes.

Une destruction directe (involontaire) de notre herpétofaune est aussi liée à la circulation routière. En effet, il n’est pas rare que des routes séparent des habitats (voire « fragmentation » plus haut) et deviennent soit un obstacle à la circulation des espèces, soit un piège écologique. Les routes asphaltées se réchauffant rapidement au soleil, elles constituent des sites de thermorégulation malheureusement attractif pour nos reptiles (piège écologique). Ces derniers s’y installent pour se réchauffer, au risque d’être écrasé. Mais c’est surtout au printemps, au moment des migrations prénuptiales chez les amphibiens et lorsque les reptiles sont à la recherche d’un partenaire sexuel, que la circulation routière fait le plus de dégât. À plus ou moins long terme, ce sont parfois des populations entières qui disparaissent, littéralement aplaties sous les pneus de nos voitures. Les migrations d’amphibiens étant massives et relativement prévisibles, il est possible d’intervenir pour sauver un maximum d’individus ! Pour plus d’informations pratiques sur les sauvetages d’amphibiens, rendez-vous sur cette page.

Nos animaux domestiques représentent également une menace non négligeable. Les chats, outre leur impact sur notre avifaune, s’attaquent volontiers aux reptiles et aux amphibiens. Nos pratiques cynégétiques actuelles méritent aussi d’être questionnées, spécifiquement les lâchers massifs de faisans et la forte densité de sangliers maintenues artificiellement, car ces deux espèces sont de grands consommateurs de reptiles.

Espèces exotiques envahissantes

Phénomène considéré actuellement comme l’une des principales causes d’érosion de la biodiversité, l’introduction des espèces exotiques envahissantes n’a manifestement pas épargné les amphibiens et les reptiles. En effet, des espèces introduites et au caractère invasif affirmé (p. ex. des poissons, amphibiens, écrevisses, etc.) sont susceptibles de provoquer des déclins de populations, soit par prédation directe sur nos espèces indigènes, soit par compétition (entre un ou plusieurs stades de vie), soit par l'introduction d'agents pathogènes, soit encore par hybridation.

Chez les amphibiens, nous avons en Wallonie deux espèces exotiques qui constituent déjà, ou risquent de constituer, une importante menace pour notre herpétofaune : la grenouille rieuse (Pelophylax ridibundus) et la grenouille taureau (Lithobates castesbeianus). La présence de la grenouille rieuse, déjà bien installée en Wallonie, est particulièrement inquiétante, essentiellement pour la "pollution génétique" qu’elle induit sur nos populations de grenouilles vertes indigènes (Grenouille de Lessona Pelophylax lessonae et Grenouille verte "esculenta" Pelophylax kl. Esculentus). Pour plus d'informations à propos des grenouilles vertes, cliquez ici.

Parmi les reptiles, nous ne comptons qu’une seule espèce introduite bien présente en Wallonie, considérée comme "passivement invasive" (dont l’expansion est déterminée par les lâchers) : la "tortue de Floride" (Trachemys scripta). Son impact sur notre herpétofaune reste inconnu, mais il ne faut pas perdre de vue que l’introduction illégale d’espèces exotiques n’est jamais sans risque pour les écosystèmes – risques d’introduction de parasites ou de maladies, de compétition ou prédation sur la faune locale, ou encore de dégradation des habitats naturels.

Les pesticides et autres toxines environnementales

La peau perméable des amphibiens les rend particulièrement sensibles à une série de polluants issus des activités industrielles et agricoles. Des recherches scientifiques ont pu montrer que l’exposition à des métaux lourds (p. ex. mercure, plomb ou aluminium), à des substances actives de pesticides (p. ex. l’atrazine ou le glyphosate), à des perturbateurs endocriniens ou à des engrais azotés était susceptibles d’entrainer des effets létaux ou sublétaux sur les populations d’amphibiens.

Par ailleurs, reptiles et amphibiens sont des consommateurs d’invertébrés ou de petits mammifères. Dans les territoires d’agriculture conventionnelle (usages de pesticides), le risque de consommation de proies contenant d’importantes concentrations en biocides est élevé (bioaccumulation). La menace d’empoisonnement des individus peut donc être indirect. Ajoutons à cela que l’usage généralisé d’insecticides et de rodenticides provoquent une diminution évidente des effectifs d’insectes et de micromammifères, ce qui prive notre herpétofaune d’une précieuse ressource alimentaire.

Les maladies

Certaines maladies infectieuses émergentes, telles que la chytridiomycose et la ranavirose, ont été identifiées comme une source de mortalité massive chez les amphibiens. Les champignons Batrachochytrium dendrobatidi et Batrachochytrium salamandrivorans, agents pathogènes de la chytridiomycose, sont connus pour avoir déjà fait d’énormes dégâts sur des populations de plusieurs centaines d’espèces à travers le monde (les cinq continents sont touchés). Quant aux ranavirus, ils constituent un groupe d’agents pathogènes responsables de la mortalité massive de populations d’amphibiens, mais aussi de reptiles ou de poissons.

En Wallonie, actuellement, c’est le champignon pathogène Batrachochytrium salamandrivorans (Bsal) qui est le plus à craindre. Il affecte principalement la salamandre tachetée, dont certaines populations ont déjà été atteintes chez nous. Veillons à ne pas devenir les agents responsables de la propagation de cette maladie très contagieuse ! Pour plus d’informations à ce sujet, cliquez ici.

Les effets du changement climatique et les rayonnements UV-B

S’il n’a pas été démontré que les changements climatiques constituaient une cause significative du déclin des amphibiens et des reptiles, d’aucuns craignent que sur le moyen ou long terme, ces organismes soient mis à rude épreuve. Étant particulièrement sensibles aux conditions / variations de température et d’humidité, les amphibiens risquent de souffrir des modifications rapides des températures moyennes et des régimes pluviométriques, qui s’accompagnent chez nous d’un allongement des périodes de sécheresse et de canicule. Les plans d’eau (sites de reproduction) ne sont plus suffisamment irrigués, ou s’assèchent trop rapidement pour permettre le développement complet des larves. Cette réduction des habitats risque nécessairement d’entraîner une réduction des populations.

Concernant les amphibiens et les reptiles, d’autres effets directs, mais non mortels, ont été documentés, tels que des changements de phénologie, de distribution géographique, voire même de morphologie. Mais les chercheurs soulignent surtout les effets (négatifs) indirects des changements climatiques, et leur combinaison avec d’autres menaces (perte d’habitat, maladie, espèces exotiques invasives, pollutions, etc.).

À partir des années 1980, l’émission de certains gaz (p. ex. les CFC) issues des activités humaines a provoqué un amincissement de la couche d’ozone, entrainant une augmentation de la pénétration des UV-B dans notre atmosphère. Même si l’émission des gaz en question a été fortement diminuée, des hausses saisonnières de ces rayonnements continuent d’être signalées, notamment sous les tropiques et dans les régions tempérées. Ceux-ci auraient des effets nocifs avérés sur certaines populations d’amphibiens (surtout à l’état d’œufs ou de larves) en ralentissant les taux de croissance, en provoquant un dysfonctionnement immunitaire, ou en entraînant des déformations développementales et physiologiques, voire des dommages (sub)létaux. Cependant, la portée de cette menace reste difficile à prouver, tant elle dépend des espèces, des régions et des microclimats.

Les prélèvements et la surexploitation des animaux

De tous temps, l’homme exploite les amphibiens pour son alimentation. Si chez nous cet aliment n’entre que rarement dans nos assiettes, des prélèvements illégaux d’amphibiens pour la consommation de cuisses de grenouilles sont encore signalés. Soyons dès lors attentifs à signaler toute pratique de ce type auprès des autorités.

Actuellement, un regard nouveau est porté sur les reptiles et les amphibiens, qui figurent parmi les nouveaux animaux de compagnies (NAC). Si l’on peut se réjouir de cette mode qui met en valeur la grande diversité et l’originalité des formes et des couleurs de l’herpétofaune, il faut toutefois déplorer le manque de respect de certains collectionneurs ou trafiquants qui n’hésitent pas à prélever illégalement dans les habitats naturels certains spécimens de la faune sauvage indigène. Nos serpents et quelques espèces d’amphibiens (p. ex. le sonneur à ventre jaune) figurent parmi les victimes de ce commerce internationale peu durable.

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