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Bsal et la salamandre : toutes les réponses à vos questions

 

En 2013, un champignon pathogène asiatique fait son apparition en Belgique. Batrachochytrium salamandrivorans (Bsal) dévore littéralement la peau de nos salamandres et des tritons. Les animaux en meurent peu de temps après avoir été infectés. Jusqu'à aujourd'hui, ce sont principalement les populations de salamandres qui sont atteintes par cette maladie !

Connaître la maladie

Batrachochytrium salamandrivorans (Bsal) est un champignon pathogène qui affecte essentiellement les salamandres et les tritons mais ne touche ni les grenouilles ni les crapauds. Ce champignon provoque la chytridiomycose, une maladie mortelle. Il a été découvert par les scientifiques de l’université de Gand après des mortalités inexpliquées de salamandre observées aux Pays-Bas. Parmi les espèces présentes en Belgique, la salamandre tachetée est extrêmement sensible à ce champignon et meurt rapidement après avoir été infectée. Le triton alpestre et le  triton ponctué sont modérément sensibles au pathogène tandis que le triton palmé semble insensible.  Le degré de sensibilité du triton crêté est mal documenté mais est probablement élevé.

Bsal a été découvert en 2012 dans une population de salamandres tachetées du Bunderbos aux Pays-Bas. La maladie y a provoqué une mortalité de 99,9% des salamandres présentes ! En 2013, les premières victimes belges ont été découvertes à Eupen. Suite à cela, des infections ont été découvertes à Robertville (avril 2014), Liège (janvier 2014), Duffel (mai 2015) et Dinant (avril 2016). Le dernier cas est apparu à Olne en décembre 2019. Il est très probable que d'autres cas soient passés inaperçus. Quelques dizaines de populations européennes sont infectées, en Allemagne, aux Pays-bas, et en Espagne.

La maladie se manifeste par des ulcérations de la peau. Le champignon prolifère dans la peau des amphibiens causant, chez les salamandres, la mort par asphyxie deux semaines après l'infection. En effet, la peau joue un rôle essentiel dans la respiration de ces êtres vivants. Les animaux infectés sont généralement apathiques, mais peuvent aussi être atteints de problèmes de coordination motrice et donner alors l'impression de gigoter dans tous sens. La maladie est très contagieuse et se transmet aisément entre les différentes espèces d’urodèles. Cependant, il est à noter que les signes d’infection comme les lésions cutanées sont difficilement détectables avant le stade final de la maladie.

L'arrivée du pathogène est associée à un déclin dramatique et rapide de la population, sans aucun signe de récupération. Les salamandres sont incapables de développer la moindre résistance au pathogène, même après avoir été traitées en laboratoire. En outre, le champignon survit dans l'eau et dans le sol, mais aussi et surtout chez d'autres espèces d'amphibiens qui agissent comme un réservoir d'infection. Ces espèces peuvent être contaminées par le pathogène mais ne guérissent et ne meurent pas après l'infection. Elles permettent donc au pathogène de persister dans l'environnement, hypothéquant ainsi toute récupération des populations de salamandre tachetée.

Bsal est très proche du champignon pathogène B dendrobatidis (Bd), plus connu et décrit pour la première fois à la fin des années ’90. Actuellement, Bd infecte plus de 442 espèces d’amphibiens dans le monde, répartis sur 49 pays et sur tous les continents (excepté l’Antarctique, où les amphibiens n’existent pas). Sa distribution peut être trouvée sur le site www.bd-maps-net.

  • Un résumé peut-être trouvé dans cet article. Bd et Bsal se différencient par leur température de croissance optimale. En effet, Bsal a des préférences thermiques plus basses que Bd.

Une exposition à des températures de 25°C pendant 10 jours permet de tuer Bsal et de soigner un amphibien infecté.  Une combinaison de voriconazole (12,5 µg/ml et polymyxine E (2000 Ul/ml) appliquée deux fois par jour à une température de 20°C permet également d’éliminer le pathogène en 10 jours chez les salamandres. Bien que ces méthodes sont efficaces pour des individus captifs, elle ne sont d'aucune utilité pour les salamandres sauvages. Une salamandre soignée peut être infectée à nouveau lorsqu'elle est de nouveau confrontée au pathogène, il est donc inutile de capturer un individu, le soigner puis le relâcher à l'endroit de sa découverte. En outre, en dehors de conditions dûment contrôlées, il existe un risque que le traitement n'ait pas été suffisant et qu'il n'ait fait que faire reculer l'infection sans la guérir, incitant à la plus grande prudence par rapport à la perspective de relâcher des animaux infectés ailleurs. Il n'existe pas de vaccin disponible et la vaccination des animaux sauvages serait par ailleurs particulièrement laborieuse à mettre en oeuvre.

En théorie, il est possible d'éradiquer un foyer d'infection, à condition d'empêcher les déplacements d'amphibiens infectés hors de celui-ci, et simultanément, en en retirant tous les animaux présents. L'usage de désinfectants peut aussi être nécessaire. Une telle entreprise nécessite un réel effort à long terme et son efficacité est notamment conditionnée par l'écologie et la démographie des populations infectées, ainsi que par la configuration du site infecté.

L'introduction de Bsal en Europe continentale est liée au commerce des salamandres d'Asie du Sud-Est, et plus particulièrement de Thaïlande, du Vietnam, et du Japon. Jusqu'à ce jour le pathogène a seulement été trouvé dans des échantillons originaire d'Asie et d’Europe du Nord. Il n'a pas été détecté en Amérique du Nord ou en Amérique du Sud.

Bsal a été découvert dans de nombreuses populations de salamandres captives en Europe.

Oui !

Le comité permanent de la Convention de Berne a été la première institution à reconnaître l’importance de la menace que représente Bsal. En décembre 2015, le Comité permanent du Conseil de l’Europe a approuvé une recommandation concernant Bsal, demandant urgemment aux parties contractantes de prendre action.

Plus spécifiquement, les Parties sont fortement invitées à développer en urgence des plans d’action, à investir dans la recherche biologique et dans les mesures d’atténuation de la maladie, à mettre en place des programmes de suivi et à imposer aux échanges commerciaux des mesures préventives de restriction et de contrôle à l’importation. Mais jusqu’à présent, aucun plan global n’a été mis en œuvre en Europe. Aux Etats-Unis, on dénombre plus de 150 espèces d'urodèles et la menace y est prise très au sérieux à tous les niveaux.

Comment pouvez-vous aider ?

Seuls les tritons et les salamandres sont susceptibles d’être infectés. Après quelques jours d’infection, les animaux présentent généralement de petits ulcères sur la peau, de 1 à 2mm de large et autant de profondeur. Attention à ne pas les confondre avec les pores de leur peau, plus petits.

Chez les amphibiens, d’autres maladies se manifestent par des lésions cutanées. En cas de doute, n’hésitez pas à envoyer une photo à salamandre@natagora.be.

Pour éviter de disperser le pathogène, nettoyez et séchez vos chaussures avant de vous promener ailleurs. Veillez à éliminer la boue et à laisser sécher vos chaussures au chaud (>25°C). En effet, les spores de Bsal sont sensibles à la chaleur.

Une nuit sous le radiateur est donc suffisante pour éliminer les spores. Cependant, si vous décidez de vous promener dans plusieurs forêts sur une même journée, le plus simple est d'utiliser plusieurs paires de chaussures et de les désinfecter en rentrant chez vous. Une autre solution est de les désinfecter sur le terrain. Pour ce faire, vous pouvez donc acheter de l’alcool à brûler (85°) retrouvé dans les magasins de bricolage. L’avantage de cet alcool est qu’il n’a pas de date de péremption et vous pouvez donc le garder autant de temps que vous le voulez. Pour réaliser un bon mélange désinfectant, prenez un litre d’alcool (85°) et ajoutez-y environ 30 cl d’eau pour avoir une concentration de 70%. Ainsi, lorsque vous passez d’une forêt à une autre, enlevez la terre de vos chaussures à l’aide d’une brosse, pulvérisez le mélange d’alcool sur vos bottes et assurez-vous qu'elles restent imprégnées deux minutes. Cette technique est simple, rapide et efficace. Elle permet d’éviter la propagation de Bsal donc pas de raison de ne pas le faire ! De plus, c’est quasiment sans danger pour l’environnement ! Cependant, le mélange d’alcool est inflammable donc évitez de le laisser trop longtemps dans une voiture en plein soleil.

Bien que l’alcool permet une élimination efficace de Bsal, il ne permet pas d’éliminer les ranavirus qui causent des nécroses hématopoïétiques et la mort par hémorragie interne chez les amphibiens. Pour éliminer ceux-ci, l'usage de virkon-S est nécessaire, et requis pour la désinfection de nasses, épuisettes, et autres éléments entrant en contact avec l'eau des plans d'eau.

  1. Assurez-vous qu'il n'y a pas d'autres causes de mortalité, le trafic routier étant la plus régulière même sur des routes peu fréquentées.
  2. Prenez des photos et des notes (nombre d’animaux, espèce, endroit précis, date et heure, etc.). Cherchez bien dans les environs de votre découverte car si le pathogène est présent, il est très probable qu’il y ait plus d’un animal infecté. Les talus et bords de chemin sont généralement de bons endroits où chercher.
  3. Placez l’animal dans un sac plastique et mettez-le au congélateur.
  4. Contactez Natagora : salamandre@natagora.be. Nous poursuivrons les investigations et vous mettrons en contact avec le service de l’administration wallonne qui transfèrera l’animal au laboratoire de Gand.
  5. Nettoyez votre équipement et vos chaussures ou bottes, en les séchant bien au chaud.

Dans ce cas, l'application d'un protocole de désinfection du matériel (bottes, filets, etc.) est nécessaire afin d'éviter le transport de pathogènes. Voici un protocole complet en français.

Si vous possédez ou si vous vendez des salamandres, vous n’aimeriez pas qu’elles soient contaminées par Bsal.

  • Ne vendez pas ou ne conservez pas des salamandres de l’Est asiatique qui ne soient pas déclarées exemptes de la maladie. Vous pouvez faire tester vos animaux par l’Université de Gand.
  • Soyez prudent avec vos eaux usées provenant de votre élevage privé de salamandres. Ne jetez pas les eaux usées dans l’environnement, mais dans un égout connecté à un système d’épuration collectif.
  • Ne relâchez pas de salamandres dans la nature. Par exemple, n’achetez jamais de salamandres ou de tritons pour votre mare de jardin.

Si vous êtes prêt à consacrer quelques soirées par an à la recherche des salamandres, participez au suivi des populations de salamandre tachetée !

En pratique : Nous vous demandons de dénombrer les salamandres sur un itinéraire forestier de votre choix (environ 1km), au moins deux fois par an, idéalement de mars à juin et de septembre à octobre. Les comptages doivent être réalisés lors de nuits pluvieuses et douces. L'itinéraire sera situé sur un chemin ou un sentier public traversant un massif forestier occupé par une population de salamandre. Ceci ne nécessite pas de compétences particulières, seulement un peu de rigueur et de la motivation ! La méthodologie de l'enquête est disponible dans le guide de terrain " transects salamandres ". Les données peuvent ensuite être encodées sur une page projet d'observations.be.

Les populations de Flandre et de Bruxelles sont suivies par les bénévoles de Hyla - le GT herpéto de Natuurpunt. Pour toute information, contactez salamandre@natagora.be.

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