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Les reptiles - biologie et écologie

Un peu de vocabulaire...

Pour le dire simplement, les reptiles sont des vertébrés tétrapodes couvert d’écailles et dépendant des conditions extérieures pour réguler leur température (ectothermie). Nos reptiles indigènes sont représentés par l’ordre des squamates (du latin squama, « écailles »), c’est-à-dire les lézards et les serpents. Mais il n’est pas inutile de préciser ici certains termes.

Si l’on suit la nouvelle classification, dite « phylogénétique » ou « cladistique », nous sommes invités à ne plus considérer les reptiles (du latin reptile, « rampant ») comme une catégorie distincte dans « l’arbre du vivant », car ils ne constituent plus une classe comme c’était encore le cas au siècle passé. Pour être exacte, les reptiles forment actuellement un groupe paraphylétique, c’est-à-dire un groupe qui ne rassemble pas tous les descendants d’un même « ancêtre commun ». En effet, tous les reptiles actuels (squamates, tortues, crocodiles et sphénodons) et certains disparus (dinosaures) appartiennent à la classe des sauropsides, mais celle-ci reprend également les oiseaux qui, rappelons-le, sont les uniques descendants vivants des dinosaures. Pour éviter les confusions, certains herpétologues, lorsqu’ils parlent des reptiles, préfère préciser « reptiles non aviens », ce qui permet de parler de l’ensemble des sauropsides en excluant la lignée des oiseaux. Avec la réorganisation de la classification, vous serez également surpris d’apprendre que les crocodiles sont plus proches des oiseaux que des lézards… Pas simple, mais passionnant !

On a trop souvent tendance à nous représenter les lézards (du latin lacertus) comme des animaux pourvus d’une longue queue et de quatre pattes. Or, tritons et salamandres ne sont pas des lézards, bien qu’ils en aient la silhouette, tandis que les orvets, espèce dépourvue de pattes, sont quant à eux des lézards ! Ce terme générique sert donc à désigner une multitude d’espèces appartenant à des familles différentes, dont la plus emblématique est certainement celle des Lacertidae.

Les serpents, du groupe des Serpentes (mot d’origine latine), sont faciles à reconnaître dans la nature. Leur long corps dépourvu de pattes, leur peau écailleuse, sèche et douce, et leur regard qui paraît fixe (dû à l’absence de paupières), sont des critères fiables pour l’identification de ces animaux.

Corps d'écailles et de couleurs

Les reptiles ont le corps recouvert d’écailles kératinisées. Cette couverture d’écailles imperméable protège l’animal des attaques extérieures et permet de limiter la perte en eau. En outre, vous aurez peut-être remarqué que la peau des reptiles est sèche : elle est en effet dépourvue de glandes sudoripares et de pores. C’est pourquoi les reptiles ne transpirent pas !

La coloration et les dessins (patterns) présents sur les écailles sont très variables d’une espèce à une autre, mais aussi parfois d’un individu à un autre. Ce polychromisme et ce polymorphisme rendent les critères d’identification par la couleur ou les motifs très hasardeux, aussi faut-il se pencher sur d’autres caractères pour appuyer son observation.

Plusieurs fonctions peuvent être associées à la coloration et au dessin des écailles :

  • La communication : les écailles présentant des couleurs contrastées peuvent, par exemple, se manifester en période de reproduction et servir à la communication entre partenaires sexuels. Ces mêmes couleurs peuvent aussi être utilisées par les animaux lorsqu’ils se sentent menacés, elles font alors office de mise en garde face aux prédateurs ou concurrent de la même espèce !
  • Le cryptisme : la coloration du corps est aussi une adaptation permettant aux individus de passer inaperçu dans leur environnement.
  • La thermorégulation : certains individus, voire certaines populations, présentent une coloration partiellement ou entièrement noir. Ces cas de mélanisme se rencontrent le plus souvent dans les milieux plus frais (p. ex. en montagne). En effet, cette adaptation permet à l’animal d’emmagasiner de la chaleur plus rapidement, car le noir absorbe la lumière.

Serpents et lézards grandissent toute leur vie. C’est pourquoi ils muent, c’est-à-dire qu’ils se débarrassent de leur ancienne peau devenue trop exiguë – celle-ci, une fois retirée, se nomme exuvie. La date, la fréquence et la durée des mues est fonction de l’âge de l’individu, mais aussi des conditions climatiques ou de l’alimentation.

Température variable et thermorégulation

Aujourd’hui, nous ne disons plus que les reptiles ont le « sang froid », car cette expression est incorrecte. Les reptiles sont des animaux dont la température corporelle dépend des conditions extérieures (ectothermie), leur métabolisme étant incapable de produire par lui-même de la chaleur. Aussi leur température varie-t-elle au fil de la journée et des saisons (poïkilothermie). Pour le dire simplement, ils sont à température ambiante !

Ce type de métabolisme conditionne le comportement et les déplacements de l’animal. En hiver, il va sans dire que la majorité des reptiles ne supporteront pas d’être exposés trop longtemps aux basses températures, et sûrement pas aux températures négatives (le lézard vivipare fait exception). C’est pourquoi, seul ou en groupe, ils se trouveront un abri (sous une souche, dans une cavité, dans le sable, etc.) présentant des conditions de température relativement stables pour passer la mauvaise saison. Ils n’hibernent pas, mais ilshivernent ! Rythme cardiaque et mouvements respiratoires sont à la baisse, la dépense des réserves énergétiques est minime. Néanmoins, l’animal n’est pas dans un état absolument léthargique, il se réveillera dès que les conditions extérieures seront favorables. En effet, sensibles aux conditions climatiques, ils sortiront de leur hivernage lorsque les journées se feront plus longues et que les températures s’élèveront progressivement. Le réveil printanier annonce la reprise des activités chez les reptiles !

Durant la période d’activité, la météo continue de conditionner les comportements et déplacements des reptiles. Pour être actifs, les animaux ont évidemment besoins d’énergie. Autrement dit, le bon fonctionnement de l’organisme (alimentation, digestion, reproduction, etc.) ne sera possible qu’en atteignant une certaine température, variable en fonction des espèces – dans une fourchette allant généralement de 20 à 35 °C. C’est pourquoi, pour atteindre cette température optimale, les reptiles cherchent à capter de la chaleur, soit en s’exposant directement au soleil (héliothermie), soit par conduction, c’est-à-dire en profitant d’un substrat chaud, souvent sous un abri tel qu’une planche, une pierre ou une bâche (thigmothermie). Cette thermorégulation comportementale pousse également les reptiles à éviter les températures estivales trop chaudes. Dans ce cas, ils chercheront une zone fraîche (un abri) où leur activité sera réduite au minimum. Ils entrent alors en estivage.

À l’automne, l’activité des reptiles est peu à peu ralentie, les animaux se préparant à passer l’hiver dans de bonnes conditions.

La reproduction, entre oviparité et viviparité

Dans nos régions tempérées, c’est au printemps qu’a lieu la reproduction. La fécondation est interne chez les reptiles. Les mâles sont pourvus d’hémipénis (pénis en deux parties) qui sont invaginés au repos. Durant l’accouplement, des expansions épineuses permettent à l’organe copulateur du mâle de se maintenir dans le cloaque de la femelle. A la sortie de l’hivernage, les partenaires se cherchent, et il arrive que des affrontements aient lieu entre les mâles de la même espèce.

Appartenant au groupe des amniotes, les œufs de reptiles présentent une annexe embryonnaire (l’amnios) enveloppant l’embryon. Dans la majorité des cas, le développement de celui-ci est assuré par l’assimilation progressive des réserves de vitellus contenues dans l’ovule. Cette adaptation, acquise au cours de l’évolution, aura permis de libérer les reptiles du milieu aquatique, la reproduction pouvant alors avoir lieu en milieu terrestre.

Si la grande majorité des squamates sont ovipares, certaines espèces se sont affranchies de l’incubation externe des œufs en devenant vivipares. Chez nos reptiles, ces deux stratégies de reproduction coexistent.

  • Les femelles des espèces ovipares pondent des œufs. Ceux-ci sont constitués d’une coquille parcheminée et plus ou moins rigide qui protège l’embryon et le vitellus. Selon les espèces, la ponte peut avoir lieu au tout début du développement embryonnaire ou survenir peu de temps avant l’éclosion. Dans ce dernier cas, l’embryon est déjà bien développé au moment de l’oviposition (ponte). Généralement, les œufs sont pondus sous un abri, dans une anfractuosité ou dans un substrat chaud et humide. Après la ponte, la femelle ne se préoccupent plus du devenir de ses petits, l’incubation s’achevant dans le milieu environnant.
  • Les femelles des espèces vivipares mettent bas des juvéniles complètement formés. Dans ce cas-ci, le développement de l’embryon, enveloppé dans une fine membrane, se produit à l’intérieur de l’organisme maternel (incubation intra-utérine).

Notons qu’aujourd’hui, le terme d’ovoviviparité est progressivement abandonné par la communauté scientifique. Il est désormais question d’un continuum évolutif entre oviparité et viviparité, laissant place à une multitude de formes intermédiaires. L’ovoviviparité servait à désigner un mode de viviparité dans lequel l’embryon n’entretient pas de relation nutritive avec la mère et dont l’éclosion coïnciderait plus ou moins avec la ponte des œufs (forme « simple » de viviparité). Cette notion introduirait une catégorisation trop rigide, dissimulant la diversité des formes d’oviparité et de viviparité.

Particularités reptiliennes en vrac

Sensible aux mouvements et capable de voir les couleurs, la vue des reptiles est globalement bonne – certaines espèces perçoivent même les infra-rouges. Ceci leur permet de repérer les éventuels prédateurs, mais aussi de découvrir leurs proies. En outre, munis d’une membrane tympanique, les lézards entendent très bien, contrairement aux serpents qui sont absolument sourds. Par contre, l’oreille interne de ces derniers est particulièrement performante, elle leur permet de capter avec précision la moindre vibration du sol.

Mais c’est surtout l’organe de Jacobson (vomérolfaction) qui fait la particularité des reptiles. En effet, nos squamates ont une langue bifide capable de capter des informations physico-chimiques. L’organe de Jacobson, situé sur le palais, analyse ensuite les molécules collectées, offrant quantité d’informations sur l’environnement proche. Lors de leur chasse active, les serpents sont ainsi particulièrement attentifs au chemin chimique tracé par leurs proies !

Les lézards présentent une autre particularité : celle de se défaire du bout de leur queue à la suite d’une traction ! Cette faculté d’autotomie caudale leur permet de fuir le prédateur dont l’attention est détournée quelques instants par le mouvement frénétique de la queue coupée. Normalement, une nouvelle queue repoussera (parfois partiellement), mais ce processus est particulièrement énergivore.

Certains serpents sont capables d’injecter une substance toxique via des crochets inoculateurs (mobiles) reliés aux glandes à venin. La fonction venimeuse sert plus à tuer et immobiliser les proies qu’à se défendre – d’ailleurs, certaines enzymes interviennent déjà dans la digestion de la proie. Ce n’est que lorsque l’animal est acculé ou saisi qu’il cherchera à se défendre en mordant l’agresseur, sans toutefois injecter systématiquement son venin. La plupart des morsures sont sèches, et chez nous, rare sont les morsures qui ont été léthales pour un homme !

Habitats, microhabitats et corridors

S’il n’est pas nécessairement grand, le domaine vital des reptiles doit comprendre une variété d’habitats et de microhabitats permettant aux individus de s’alimenter, se reproduire, s’abriter et réguler leur température (thermorégulation). Sans oublier que chaque espèce a ses propres exigences écologiques, les habitats favorables aux reptiles se composent généralement de zones ouvertes et ensoleillées, cernées ou traversées de lisières ou de haies, parsemées de strates végétales diversifiées (tapis herbacé dense, buissons et arbustes, etc.) et présentant parfois un espace plus frais, voir humide. Mais surtout, on n’insistera jamais assez sur l’importance des microhabitats. Ceux-ci sont représentés par des unités plus petites que l’habitat global et caractérisés par des conditions écologiques particulières (p. ex. meilleur ensoleillement, température plus élevée, plus de fraîcheur, meilleur abri…). Ils offrent pour les reptiles des espaces privilégiés pour la thermorégulation, la ponte, la chasse, la recherche de partenaires, l’hivernage ou l’estivage. Concrètement et à titre d’exemple, un ancien mur de pierre ou un talus empierré constituera un site parfait pour capter de la chaleur, un tas de bois ou de compost fournira un refuge idéal ainsi qu’une zone de ponte appréciée, une litière épaisse ou une vieille souche pourra faire office de site d’hivernage ou d’estivage. C’est donc la diversité des microhabitats qui font la richesse d’un milieu, le rendant propice à l’installation de reptiles.

Encore faut-il que ces différents microhabitats soient reliés entre eux ! Pour cela, divers éléments du paysage permettent une circulation tranquille et sécurisée pour les reptiles : haie, fossé, rive de cours d’eau ou ripisylve, voies de chemin de fer ou mur de pierre, talus ou bordure de chemin végétalisé, etc. Cette variété de corridors écologiques, outre qu’ils structurent et enrichissent le paysage, offrent autant de lieu de vie et de couloir de circulation favorables à la survie et la reproduction de notre herpétofaune reptilienne. Ils rendent également possible la jonction entre des habitats plus éloignés, mettant en liaison des populations différentes et permettant le brassage de gênes – nécessaire pour la survie à long terme des espèces.

Tout ceci met en évidence la nécessité de maintenir des écotones (zone de bordure) de bonne qualité. En effet, les reptiles apprécient particulièrement les zones de lisières (haie, talus, bords de chemin, …), spécialement celles qui présentent une composition structurale diversifiée. En effet, l’animal trouvera davantage de microhabitats dans une haie comportant une variété d’essence et présentant une strate arborée, un ourlet arbustif et un tapis herbacé, plutôt que dans une haie monospécifique peu structurée !

Où et comment observer nos reptiles

Les reptiles ne sont pas les animaux les plus faciles à observer en Belgique. Certaines espèces sont malheureusement devenues très rares, du fait des nombreuses menaces qui pèsent sur notre herpétofaune (pour en savoir plus, cliquez ici). Les populations de nos espèces les plus courantes ont-elles aussi fortement diminuées.

Néanmoins, une bonne connaissance de l’écologie et des habitats de nos espèces multiplie les chances d’une belle rencontre. Évidemment, mieux vaut ne pas s’attendre à découvrir un reptile par temps froid ou sous une météo caniculaire. Le printemps reste la saison idéale, car les activités liées à la reproduction battent leur plein. La fin de l’été n’est pas non plus inintéressante, les juvéniles étant souvent de sortie.

En vous promenant le matin ou en fin d’après-midi lors d’une journée généreuse en éclaircie, sans pluie ni vent, vous favoriserez la rencontre. Suivez les lisières bien structurées et soyez attentifs aux bords de chemin, le moindre mouvement doit vous mettre en alerte. Une méthode de prospection consiste également à soulever des abris tels que des souches, des pierres, des bâches ou tout autres matériaux susceptibles de dissimiler des animaux, petits ou grands. Faites bien attention à soulever ces abris vers vous, afin d’éviter les mauvaises surprises (un serpent pourrait prendre peur et vous surprendre). Par ailleurs, avant de reposer le matériau, veillez à attendre que toute la faune qui s’y réfugiaient soient parties, autrement vous risqueriez de blesser, voire d’écraser certains animaux. Un dernier conseil : n’oubliez pas d’emporter une paire de jumelles, elles peuvent être utile pour voir sans effrayer certains individus farouches !

Pour éviter de stresser ou de blesser les animaux, n’essayez pas de les attraper. Par ailleurs, ils sont protégés par la loi, toute manipulation doit se faire sous autorisation spéciale (cliquez ici pour en savoir plus au sujet de la législation).

Les espèces de reptiles

Lézards     Serpents

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